Nos clients face aux Risques Psycho-Sociaux générés par la crise sanitaire

La crise sanitaire Covid-19 que nous connaissons à un impact économique et social fort. Nous entrons dans une période de déconfinement qui pose également beaucoup d’incertitudes sur la gestions des Risques Psycho-Sociaux (RPS).

Chez CODESNA, il nous a semblé intéressant de poser la question à nos clients, pour comprendre concrètement l’impact que la crise a eu sur leur activité et comment ils voyaient la période de déconfinement ; leurs approches pour une gestion du stress chronique,  Risques Phycho-Sociaux (RPS) et des traumatismes générés nous semblent indispensables pour une reprise efficace et éviter ainsi une vague de crise sociale de grande ampleur.

Aujourd’hui, nous commençons avec l’interview de Mr Eric Marlien.

 

Éric Marlien est ostéopathe D.O. depuis près de 30 ans. Il enseigne cette discipline en France et donne régulièrement des séminaires dans de nombreux pays depuis 25 ans.

Il a écrit un ouvrage sur le Système Nerveux Autonome et la théorie polyvagale et propose des formations adaptées pour les ostéopathes d’une part, et les psychothérapeutes d’autre part.
Il est également diplômé en Hypnose Ericksonienne et EMDR.

  1. Il est peut-être encore un peu tôt, mais comment voyez-vous l’impact et les Risques Psycho-Sociaux que cette crise sanitaire du Covid-19 a eu pour votre secteur ?

La situation a été très simple durant le confinement : j’ai dû, en tant qu’ostéopathe, cesser toute activité de soin. Mon activité de formateur a été également touchée, ayant dû annuler 4 formations à l’étranger et une formation en France.

Les ostéopathes, ne faisaient évidemment pas partie des professions pouvant avoir accès au matériel nécessaire de protection, ont été privés de tout revenu dans leur grande majorité. Les aides proposées par le gouvernement sont loin de pouvoir combler l’ensemble des charges fixes personnelles et professionnelles.

  1. Comment voyez-vous l’après-confinement et la reprise économique qui se met en place ?

Notre activité a repris depuis 8 jours, avec des règles strictes pour éviter d’être des vecteurs de contamination, mais cela prendra sans doute encore quelques semaines, peut-être quelques mois, avant de revenir à un niveau normal, beaucoup de personnes ayant encore vraisemblablement peur de la proximité qu’impose une séance d’ostéopathie.

Les conséquences économiques pourraient donc être encore plus sévères que ce qu’elles sont actuellement. Mais il y a des professions ou des entreprises qui payent un plus lourd tribu que le nôtre.

Sur un plan social et psychologique, face à la menace, à la peur et aux restrictions générées par l’épidémie de Coronavirus, j’ai pu observer, autour de moi comme au travers des réseaux sociaux et des médias, les trois types de réponses qui sont décrites lorsqu’un sujet est soumis à un stress et qui peut entainer de nombeux Risques Psycho-Sociaux (RPS). Ces mécanismes sont parfaitement connus en neuropsychologie et en particulier bien illustrés par la théorie polyvagale de Stephen Porges et mettent en jeu le système nerveux autonome.

Face à une menace, supposée ou réelle, les réactions sont les suivantes

  • Si les capacités cognitives et adaptatives de l’individu sont importantes, et tant qu’il lui est possible de se sentir libre, de s’adapter de façon proactive face à la situation de stress, la personne demeure dans un haut niveau d’équilibre physiologique (son homéostasie est à son meilleur niveau) et c’est son nerf Vague ventral qui contrôle et régule tout l’équilibre du système nerveux autonome. La branche du nerf Vague qui contrôle le cœur appartient à ce dernier, et la variabilité du rythme cardiaque (VRC) reste élevée. C’est d’ailleurs cette VRC que le système Codesna permet de mesurer et de vérifier. Dans ce cas, corrélativement au maintien des facteurs de santé à leur plus haut niveau, la personne est capable de rester engagée socialement, d’avoir des relations constructives avec autrui (même avec la distance sociale que le confinement a imposé – réduite en partie par les moyens modernes de visioconférence dont le nombre et l’utilisation ont explosés), mais aussi avec soi-même. Ce dernier facteur étant essentiel pour supporter positivement une situation qui nous coupe des contacts sociaux et nous empêche de faire la plupart de nos activités habituelles

Ce type de personnes n’aura finalement pas été vraiment impacté par le confinement et poursuivra son existence normalement, avec peut-être même le bénéfice d’avoir pu prendre du repos et d’avoir pu acquérir un nouveau regard sur ce qui est vraiment important dans sa vie et trouver un nouveau sens des priorités.  Les Risques Psycho-Sociaux restent minimum pour ces personnes.

  • Si la personne, ou plus précisément son système nerveux central, appréhende la situation comme représentant un danger (qu’il soit réel ou perçu comme tel), le système nerveux rentre en phase de mobilisation et c’est le système sympathique qui prend le dessus. Grossièrement, c’est la réaction physiologique décrite comme « fuir ou combattre » qui prend le dessus. C’est cette mobilisation de l’énergie dans tout l’organisme qui a permis aux espèces de survivre et de passer le crible de la sélection naturelle. C’est pourquoi il s’agit d’une réaction d’adaptation normale, et c’est même le système activé par défaut. Elle est indéniablement utile à court terme, lorsque nous faisons face à une situation réellement dangereuse. L’inconvénient est qu’elle est coûteuse en termes énergétiques et si elle s’installe durablement, la résistance de l’organisme va s’affaiblir, ouvrant la porte à de nombreux symptômes, fonctionnels au départ, puis peu à peu se transformant en maladies plus graves ou chroniques.

C’est à cette hyperactivation du système sympathique, complétée par un fonctionnement neurohormonal spécifique et préjudiciable assez rapidement, que nous assistons dans le Burn Out, mais aussi dans d’innombrables situations de la vie moderne. Probablement que 80 % des motifs de consultation dans les cabinets médicaux, paramédicaux mais aussi chez les psychothérapeutes sont en grande partie liés à cette réaction.

De études scientifiques de plus en plus nombreuses montrent que l’affaiblissement du tonus du nerf Vague, qui libère l’activité du système sympathique, est impliqué dans des pathologies aussi courantes que les désordres digestifs (y compris les maladies inflammatoires de l’intestin), les maladies immunitaires et auto-immunitaires, les maladies cardiovasculaires et même le cancer. C’est dire l’importance qu’il faut attacher au nerf Vague et de conserver ou retrouver une excellente variabilité du rythme cardiaque et un bon équilibre sympatho-vagal. La pratique de la cohérence cardiaque est un moyen très important pour cela.

Malheureusement, la peur de l’épidémie, la solitude sociale, les difficultés économiques qui ont et qui vont continuer à frapper durement des millions de personnes, ainsi que l’exaspération sociale qui avait déjà commencé depuis plus d’un an et qui va sans doute s’exacerber encore sont autant de facteurs qui contribuent au déséquilibre du système nerveux autonome et à l’aggravation des Risques Psycho-Sociaux, risque d’en être sérieusement affectée. De nombreux symptômes et maladies dans les mois à venir seront des conséquences indirectes de cette épidémie. 

  • Enfin, si la personne, ou plus précisément son système nerveux central, appréhende la situation comme représentant une menace vitale directe (qu’il soit réel ou perçu comme tel), le système nerveux rentre en phase d’immobilisation, avec effondrement de tous les systèmes biologiques. Ce cas de figure est plus rare à l’état brut, mais il est fréquent sur un mode moins exclusif ou moins total (par exemple une syncope à la suite d’une émotion, ou bien une diarrhée suite à une peur). Ici, c’est la branche la plus primitive du système nerveux autonome qui est impliquée, et c’est la branche dorsale du nerf Vague. Il est possible que certaines personnes âgées, privées du dernier lien qui les rattachait à l’existence et qui est bien entendu le lien à leurs enfants et petits-enfants, comprenant qu’elles ne pourraient plus les voir pendant une durée indéterminée, sont passés dans ce mode d’immobilisation et soient mortes d’un lâchage de leurs fonctions vitales, ou bien aient vu leur immunité s’effondrer et devenir des proies faciles du virus.
  1. Beaucoup s’interrogent sur la crise sociale qui risque d’arriver avec les troubles générés par ce confinement de longue durée et cette incertitude sanitaire permanente. Est-ce quelque chose que vous avez déjà observé ? Que faudrait-t ’il mettre en place ?

Cette crise sanitaire est dans un certain sens l’amplificateur d’une crise sociale dont on observe les symptômes inflammatoires depuis un peu plus d’un an mais dont l’origine est beaucoup plus ancienne ; je dirais une trentaine d’année.

De nombreuses idéologies s’exacerbent ou font surface, réactionnaires, populistes, écologiques ou venant de la société civile. Les solutions rapides, les réactions dont le moteur est l’émotionnel et les opinions ne proviennent jamais d’une réflexion profonde ni de la raison, et même les discours écologistes manquent à mon sens d’une vraie vision humaniste qui a toujours pour objet le bien commun. Ce sont toutes des réponses allopathiques, focalisées sur des symptômes, et sont loin de représenter une réponse globale et causale.

A chaque citoyen de jouer son rôle dans un secteur ou un autre, à condition qu’il soit qualifié et éclairé dans ce domaine particulier.

Pour ma part, mon domaine d’expertise est l’ostéopathie et l’enseignement, et c’est là que j’essaie d’apporter ma petite contribution.

  1. Vous-même, avez-vous prévu de mettre en place des solutions/communications spécifiques face à cette situation unique ?

Le confinement m’a amené à donner des webinaires et des conférences en visioconférence, et j’ai pu apprécier les intérêts de ce type d’intervention auquel j’étais plutôt fermé jusqu’alors. Je réfléchis à la possibilité d’élargir et d’adapter mon offre d’enseignement par ce biais.

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